Loin des origines

L’atelier comme arche

C’est l’autre qui m’a fait sentir étrangère

L’installation dans le sud au cours des années 90 a mis Emmanuelle à l’épreuve de l’altérité. Ses origines sont surtout source de questionnement pour les autres : « Tu viens d’où, toi ?… T’es pas d’ici ! » Sa présence démontre qu’elle vient « d’ailleurs », sa peau si blanche, ses intonations si pointues, sa façon d’être si différente… Emmanuelle se sent sur la Côte Rocheuse comme si elle avait débarqué sur une île déserte. Sensation d’être à part. Pendant plusieurs années, elle fréquente la plage nudiste d’une crique où son entourage y a déjà ses habitudes. Elle se déshabille alors devant les autres pour la première fois, « c’est une sorte d’intégration incisive pour moi, le début d’un nouveau rapport au monde ».

L’artiste perçoit très vite le fantasme erroné du mythe des origines et s’en inspire comme source créatrice. Ce pays catalan n’est plus un paradis perdu ! Les croyances et les pratiques de cette société qui fonctionne à huis clos consternent celle qui interroge les illusions. Elle ne deviendra pas d’ici. Son ancrage, elle va le déployer ailleurs. C’est dans l’atelier que la navigation se passe afin d’y recréer un univers. Espace conçu comme non-lieu, navire immobile transcendé par les pérégrinations de l’artiste, l’atelier est l’arche pour avancer. Lieu d’invention des présences où les protagonistes de ses tableaux deviennent les entités absentes des doubles familiaux. Malgré l’exil, une sorte de racine horizontale émerge vers la surface. Regard et mémoire comme rhizome fondateur.

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